Opéras La Tempête à Genève
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La Tempête à Genève

01/10/2026
Joseph Chosson, Stéphane Degout et Catherine Trottmann. © Carole Parodi

Bâtiment des Forces Motrices, 16 septembre

Dès 1956, le public de l’Opéra de Vienne a pu applaudir Der Sturm de Frank Martin, opéra composé sur la traduction allemande (signée August Schlegel) de la pièce de Shakespeare The Tempest. Après différentes reprises, c’est au Grand Théâtre de Genève, en 1967, qu’a été créée la version française, à la faveur d’une traduction due à Pauline Martin, sœur du compositeur, du texte allemand. C’est cette version, dont les paroles ont été légèrement modifiées pour en supprimer quelques obscurités, qui vient d’être reprise à Genève dans le cadre d’une nouvelle production confiée à Netia Jones, choix judicieux d’Alain Perroux pour son premier spectacle en tant que directeur du Grand Théâtre.

On a cité la traduction de la pièce, puis sa retraduction : c’est dire que l’opéra de Frank Martin, contrairement à celui de Thomas Adès (The Tempest, 2004), n’a pas été composé sur un livret original, et c’est peut-être l’un de ses handicaps. Même retravaillée, la version de Pauline Martin souffre de vouloir trop coller au texte original, sachant que traduire Shakespeare est évidemment une tâche impossible. Touffu, parfois maladroit, même si bien sûr l’intégralité de la pièce n’est pas utilisée, le texte impose une dramaturgie qui bride l’élan que pourrait avoir la musique. Ainsi le premier acte est-il à lui seul une vaste scène d’exposition plutôt statique, l’irruption des personnages clownesques, à l’acte II, apportant une animation factice : les chansons à boire siéent peu à la manière de Frank Martin, qui d’ailleurs a choisi, dans la version française, de largement traiter les interventions des ivrognes sous la forme de scènes parlées assez fastidieuses. L’acte III et la réconciliation finale apportent un peu plus de nerf au propos.

Le Grand Théâtre fermé pour travaux, cette Tempête a été conçue pour le Bâtiment des Forces Motrices qui, construit à l’origine afin de maîtriser l’eau par la technique, est un lieu idéal pour cet ouvrage qui parle d’île et d’illusion. Netia Jones a imaginé un décor unique, sorte de laboratoire gigantesque où Prospero, savant et magicien, trouble et apaise à son gré les éléments. Très bien utilisé au fil d’éclairages changeants, ce décor tourne sur lui-même et permet de figurer le temps, mais aussi de faire errer à l’aventure les victimes de la tempête (dont Antonio et Alonso, les usurpateurs qui ont privé Prospero de son duché). Les inévitables projections (mer, éclairs, film qui semble faire allusion à l’enfance de Miranda…) n’évitent pas la redondance.

Au pupitre du très précis Orchestre de la Suisse Romande, Thierry Fischer, ardent défenseur de Frank Martin, fait l’impossible pour que sonnent les couleurs d’une musique un peu terne : Ariel (joué par l’excellent comédien Joseph Chosson traité sous forme d’hologramme) a droit à son petit ensemble instrumental d’où émerge le clavecin et à ses chœurs d’esprits de l’air, des clowns figurés par une musique un peu jazzy, avec saxophone et souvenirs de Kurt Weill. L’enchantement tarde à venir toutefois, malgré la noblesse et le chant toujours soigné de Stéphane Degout, Prospero magistral, malgré aussi la fraîcheur acidulée de Catherine Trottmann (Miranda) qui donne la réplique à un Julien Dran (Ferdinand) chaleureux mais un peu convenu. Nicolas Cavallier (Alonso) et ceux qui l’accompagnent (Edwin Crossley-Mercer, Léo Vermot-Desroches, Christian Immler, Glen Cunningham) sont irréprochables mais n’ont rien de particulièrement saillant à chanter. De même, le Caliban d’Alex Rosen est ici moins un monstre qu’un comparse de beuverie : François Rougier (Trinculo) et Christophe Gay (Stephano) le traitent en complice sans que rien de vraiment sauvage ou terrifiant ne naisse de leurs ivresses.

Il est difficile aux meilleurs interprètes de faire jaillir la magie d’une partition un peu trop scrupuleuse, paradoxalement, malgré les différents styles auxquels elle se réfère.

CHRISTIAN WASSELIN

Stéphane Degout (Prospero)
Catherine Trottmann (Miranda)
Julien Dran (Ferdinand)
Nicolas Cavallier (Alonso)
Edwin Crossley-Mercer (Sebastian)
Léo Vermot-Desroches (Antonio)
Christian Immler (Gonzalo)
Glen Cunningham (Adrian)
Alex Rosen (Caliban)
François Rougier (Trinculo)
Christophe Gay (Stephano)
Georgiy Derbas-Richter (Le Maître d’équipage)
Joseph Chosson (Ariel)
Thierry Fischer (dm)
Netia Jones (ms/dc)
Malcolm Rippeth (l)
Lightmap (v)

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