Opéras Der fliegende Holländer à Bayreuth
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Der fliegende Holländer à Bayreuth

05/09/2026
Kieran Carrel, Mika Kares et Nicholas Brownlee. © Enrico Nawrath

Festspielhaus, 18 août

Voir Der fliegende Holländer au lendemain de Rienzi donne le vertige : deux mois et quelques jours séparent la création des deux ouvrages, mais le rapprochement exacerbe la distance artistique entre le compositeur caméléon et le Wagner créant son univers propre – style, dramaturgie, caractère, thématiques – qui le rendra incontournable. On peut toujours discuter le refus de Dmitri Tcherniakov d’affronter les thèmes de la damnation et de l’errance pour les remplacer par la vengeance d’un gamin traumatisé par le suicide de sa mère, délaissée par Daland et ostracisée par un village entier – ce qui crée de nombreux hiatus entre texte chanté et réalisation scénique – même si, par rapport à la première année, il a réduit le massacre final au seul meurtre du Hollandais, d’un coup de fusil, par Mary – loin de la rédemption par l’amour wagnérienne. Mais on ne peut que saluer la maestria de la production, typique de ce que Bayreuth peut offrir à son meilleur.

De la distribution de 2021 (voir O. M. n° 176 p. 33) demeure seule Asmik Grigorian – qui partage Senta avec Elisabeth Teige tout en chantant à Salzbourg huit représentations de Carmen. L’incarnation demeure fascinante. L’actrice est sidérante en jeune révoltée qui projette son mal-être sur un étranger, identifié à son désir profond, mais qui ne l’utilise que pour son dessein vengeur. La chanteuse offre, elle, une « Ballade » sauvage, et domine le duo d’une intensité hallucinée face au Holländer pourtant majeur de Nicholas Brownlee. Wotan exceptionnel à Munich hier, il offre ici une voix d’une beauté lyrique absolue, même si la pénétration psychologique du rôle attend encore un approfondissement. Le Daland de Mika Kares fait plus brut que Georg Zeppenfeld, pas moins sonore. Benjamin Bruns chante un Erik très musical, même si la voix dit qu’elle est prête pour incarner bientôt Siegfried (à Munich), tandis que Kieran Carrel prête un bien beau timbre au Steuermann, et que la discrète Mary de Nadine Weissmann reste incontestable.

Chœurs exceptionnels, bien sûr, qu’ils soient masculins (la rivalité entre les deux équipages est saisissante), ou féminins (pour chanter des rouets qui n’existent pas). Oksana Lyniv retrouve les accents d’un romantisme exacerbé qui s’impose désormais mieux face au parti scénique qui laisse au finale une Senta paumée quand monte le thème de la rédemption (version 1860), bien peu en rapport avec ce qu’on a vu sur scène. Mais Bayreuth n’est plus à un hiatus près.

PIERRE FLINOIS

Mika Kares (Daland)
Asmik Grigorian (Senta)
Benjamin Bruns (Erik)
Nadine Weissmann (Mary)
Kieran Carrel (Der Steuermann Dalands)
Nicholas Brownlee (Der Holländer)
Oksana Lyniv (dm)
Dmitri Tcherniakov (ms/d)
Elena Zaytseva (c)
Gleb Filshtinsky (l)

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