Théâtre gallo-romain, 8 août
Die Zauberflöte, déjà montée à Sanxay voici neuf ans – l’entrée de Mozart au répertoire du festival – revient dans une nouvelle production, tout aussi bon enfant et sans prétention que celle de Stefano Vizioli : sur l’Ouverture, les trois Knaben ouvrent un grand livre d’images, et l’on comprend que l’opéra va donner à voir le conte qu’ils sont en train de lire. Andrea Tocchio s’est donc attaché à raconter l’histoire le plus simplement possible, en évacuant toute symbolique ou référence maçonnique. En sort une intrigue fort lisible, avec des tableaux le plus souvent réussis, grâce en particulier à la beauté des lumières et à la joliesse des costumes évoquant davantage l’Inde que l’Égypte – conçus par le directeur artistique Christophe Blugeon-Lucquiaud, qui s’essayait pour la première fois à cette discipline ! La direction d’acteurs est en revanche souvent bien paresseuse, avec des personnages un peu schématiques, ce qui va de pair avec une direction musicale de Moritz Gnann certes solide mais finalement pas toujours assez contrastée ou imaginative : en des tempi le plus souvent modérés, le discours musical a tendance à avancer sans réellement chercher à caractériser les moments de profondeur quasi métaphysique, ou au contraire les passages au ton franchement populaire, malgré un orchestre et des chœurs (préparés par Emmanuel Trenque) bien sonnants.
La distribution est, comme toujours à Sanxay, de qualité, à commencer par les deux rôles aux tessitures hors norme. Malgré sa jeunesse, Adrien Mathonat est d’une totale crédibilité en Sarastro, tant par sa noblesse en scène que par l’autorité de sa basse sombre et profonde, détaillant ses deux airs avec une belle humanité. Il se montre moins convaincant en Sprecher, faute d’assez de legato et d’éloquence dans ses récitatifs. La Reine de la Nuit de Lucie Kaňková brille particulièrement dans son second air, aux gruppetti nerveux et aigus fièrement dardés jusqu’à d’impeccables contre-fa, mais elle semble moins concernée dans le premier, pourtant bien maîtrisé dans ses coloratures.
Lilit Davtyan offre à Pamina son timbre corsé et sa belle musicalité, face au Tamino d’Egor Zhuravskii, très soigné de ligne et au superbe timbre de ténor lyrique. Aux saluts, c’est le très sympathique Papageno de Danylo Matviienko qui remporte la palme, fort de son beau baryton, mordant et moelleux à la fois, et de son aisance en scène, même s’il pourrait conférer à son entrée davantage de bonhomie, et plus de drame à son suicide. Déjà présente il y a neuf ans, Mélanie Boisvert reste une charmante Papagena, même si l’instrument a perdu en chair et en facilité… à moins que ce ne soit le stress d’avoir dû attendre la fin d’une averse pour entonner enfin son pépiant duo ?
La solidité caractérise tous les seconds rôles, à commencer par Monostatos – néanmoins peu zélé comme gardien et sans doute pas assez lubrique comme harceleur de Pamina ! – et par les trois garçons, issus du Knabenchor de Dortmund, qui sont véritablement au cœur du spectacle. Excellentes voix aussi pour les trois Dames, malheureusement pas très bien assorties, comme pour les deux valeureux Hommes en armes et Prêtres, dont l’allemand parlé est de surcroît très laborieux.
Chaleureusement applaudi par le public enthousiaste – malgré deux interruptions dues à de brèves averses – de cette première à guichets fermés (comme partout, les recettes sont plus que jamais vitales), ce spectacle est bien digne de ce festival populaire de qualité, assez unique par son ambiance familiale et sans prétention, sensible dès l’arrivée dans le site où, en avant-spectacle, l’on peut grignoter ou se désaltérer au son d’une fantaisie sur les thèmes de Die Zauberflöte par l’accordéon enchanteur de Michel Glasko.
THIERRY GUYENNE
Adrien Mathonat (Sarastro, Sprecher)
Egor Zhuravskii (Tamino)
Lucie Kaňková (Königin der Nacht)
Lilit Davtyan (Pamina)
Charlotte Bonnet (Erste Dame)
Ahlima Mhamdi (Zweite Dame)
Marie Gautrot (Dritte Dame)
Danylo Matviienko (Papageno)
Mélanie Boisvert (Papagena)
Alfred Bironien (Monostatos)
Moritz Gnann (dm)
Andrea Tocchio (ms/dl)
Christophe Blugeon-Lucquiaud (c)
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