Opéras Don Giovanni à Montpellier
Opéras

Don Giovanni à Montpellier

19/06/2026
Evan Hughes, Stephen Milling et Mikhail Timoshenko. © Marc Ginot

Opéra Berlioz/Le Corum, 26 mai

Nous avons revu avec grand plaisir cette mise en scène d’Agnès Jaoui créée au Théâtre du Capitole en novembre dernier (voir O. M. n° 218 p. 100), qui frappe toujours par son humilité face au livret et son souci de donner à voir les enjeux dramaturgiques, notamment dans des ensembles d’une grande lisibilité. Pour cette reprise montpelliéraine – donnée à guichets fermés –, Benjamin Bayl montre une direction sûre et élégante, classique au meilleur sens du terme, quoiqu’assez sage dans ses choix de tempi, où l’on aimerait parfois voir poindre plus d’urgence.

Le plateau, très international et très largement renouvelé depuis Toulouse – sauf pour le rôle-titre et Elvira – est dominé par Mikhail Timoshenko qui, avec la voix idéale du rôle – mordante, sonore et moelleuse à la fois –, a encore approfondi son incarnation depuis sa prise de rôle toulousaine. Voici un « dissoluto » de grande classe, félin en scène et au verbe incisif, qui réussit aussi bien un brillant air « du champagne » qu’une sérénade caressante, phrasée à la corde et au second couplet sur le fil de la voix, avant un face-à-face avec le Commandeur mémorable d’intensité, conclu sur un fulgurant la aigu. Il forme un couple maître-valet très crédible avec Evan Hughes, excellent acteur et bonne voix, même si l’aigu part un peu en arrière et si le grave est plus faible. Le Commandeur de Stephen Milling frappe au contraire par sa voix de bronze, malgré un registre supérieur qui fatigue un peu au finale. Karine Deshayes a aussi mûri scéniquement son Elvira, mais si la technique est toujours souveraine, on note cette fois, en seconde partie, quelques flottements de justesse dans le trio « du balcon » et au milieu de « Mi tradì ». À l’Anna passionnée d’Esther Tonea, aussi à l’aise dans la ligne tendue d’« Or sai chi l’onore » que dans le cantabile et les vocalises de « Non mi dir », répond l’Ottavio sans mièvrerie et à la ligne châtiée de Michael Gibson. Convaincants, quoique sans originalité particulière, sont le Masetto viril de Frederic Jost et la pétulante Zerlina de Miriam Kutrowatz.

THIERRY GUYENNE

Mikhail Timoshenko (Don Giovanni)
Stephen Milling (Il Commendatore)
Esther Tonea (Donna Anna)
Michael Gibson (Don Ottavio)
Karine Deshayes (Donna Elvira)
Evan Hughes (Leporello)
Frederic Jost (Masetto)
Miriam Kutrowatz (Zerlina)
Benjamin Bayl (dm)
Agnès Jaoui (ms)
Éric Ruf (d)
Pierre-Jean Larroque (c)
Bertrand Couderc (l)
Pierre Martin Oriol (v)

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