Théâtre Graslin, 31 mai
Créée au Théâtre des Champs-Élysées en décembre 2025 (voir O. M. n° 218 p. 90), cette production bénéficie pour sa reprise à Nantes d’une excellente distribution, avec des chanteurs pleinement engagés dans la mise en scène qui alterne passages virevoltants et moments plus statiques, la faute à un livret inégal. Il faut ainsi beaucoup de talent à la famille Crusoé pour faire oublier les atermoiements du premier acte : le départ sans cesse repoussé de Robinson et les manœuvres pitoyables de ses proches pour le retenir manquent singulièrement de dynamisme, que la composition scénique peine à compenser, à l’image de l’étroitesse du décor, typiquement anglais. Fort heureusement, Offenbach signe ici une magnifique partition qui sait rendre justice à ces moments d’intimité.
La distribution réunie à Nantes fait excellente figure. Edwige se métamorphosant, Catherine Trottmann construit progressivement son personnage : réservée de prime abord, elle se déchaîne ensuite, vamp pétulante aux déhanchés provocateurs – réjouissant contraste ! Même muette, elle laisse entrevoir son talent comique : la voici… dormant, épuisée, la bouche ouverte, le corps dépourvu de toute énergie. Irrésistible de drôlerie. Usant d’un léger vibrato pour porter son chant délicat, elle exprime toutes les facettes d’un rôle exigeant, sans que jamais l’aigu faiblisse. Juvénile et emporté, le Robinson de Pierre Derhet a l’enthousiasme de la jeunesse, une diction assurée et un aigu piano qui fait merveille. Le comédien n’est pas en reste, de l’enfant prodigue au clochard hâve et en guenilles, égaré dans un campement sordide à l’ombre d’un quartier d’affaires. Apolline Raï-Westphal campe une joyeuse Suzanne, faisant valoir la qualité de son timbre comme son aisance scénique. Parfaitement accordée au Toby de Kaëlig Boché, leur duo est souvent irrésistible, notamment dans quelques passages exigeant un débit rapide et saccadé.
On saluera l’ensemble des protagonistes de cette œuvre peu jouée, qu’il s’agisse de Frédéric Caton, impavide et guindé, ou de Marc Scoffoni, Jim Cocks survolté.
L’Orchestre National des Pays de la Loire bénéficie de la direction ferme et attentive de Guillaume Tourniaire. Le premier acte s’ouvre de manière presque chambriste, avec des bois lumineux et des cuivres délicats, presque étouffés. La verve d’Offenbach est ensuite fort bien servie, en accord avec un deuxième acte ébouriffant, où Laurent Pelly trouve enfin sa pleine mesure. Les chœurs sont tout aussi remarquables, très sollicités scéniquement mais vocalement impeccables. Le spectacle sera projeté gratuitement sur grand écran le 18 juin. Plus de soixante-quinze lieux participeront à cette diffusion.
JEAN-MARC PROUST
Pierre Derhet (Robinson)
Catherine Trottmann (Edwige)
Mathilde Ortscheidt (Vendredi)
Frédéric Caton (Sir William Crusoé)
Kaëlig Boché (Toby)
Marc Scoffoni (Jim Cocks)
Apolline Raï-Westphal (Suzanne)
Julie Pasturaud (Deborah)
Olivier Naveau (Atkins)
Guillaume Tourniaire (dm)
Laurent Pelly (ms/c)
Chantal Thomas (d)
Michel Le Borgne (l)
.