Staatsoper, 16 mars
Dès le début de l’Ouverture, une brève pantomime montre Titus renonçant à Bérénice, et celle-ci s’éloignant en lançant un très sonore « Ciao Tito! » qui surprend par sa familiarité. Cette Bérénice, muette pour le reste de la soirée, continuera à occuper la scène non seulement pendant l’Ouverture (entièrement chorégraphiée) mais aussi pendant une bonne partie de la représentation, se faisant le plus souvent molester par quatre autres danseurs qui occupent le pourtour du plateau – un parquet doré incliné au milieu de murs blancs – sans qu’on perçoive vraiment le sens de leur présence. Les chanteurs sont ponctuellement appelés à danser également, mais ici aussi la pertinence de la démarche laisse dubitatif.
Essentiellement décorative, la mise en scène de Jan Lauwers ne semble pas chercher à creuser la psychologie des personnages, se contentant d’inscrire l’action dans une sorte d’éden printanier entre néoclassicisme et disco, avec les solistes en costumes élégants et brillants et les chœurs en tenues contemporaines plus ou moins dégenrées. Rien de très cohérent, quelques incongruités çà et là (pourquoi les images du Cuirassé Potemkine au final ?), mais rien de vraiment gênant non plus, et des visuels plutôt beaux, ce qui est déjà une forme de satisfaction.
Distribution globalement assez moyenne, en dessous des standards de ce qu’on pourrait attendre d’un Mozart à l’Opéra de Vienne, plutôt comme dans un théâtre allemand de milieu de classement, exception éventuellement faite d’Emily D’Angelo, qui bénéficie d’une notoriété internationale, mais dont le Sesto, certes de bon niveau, n’a rien d’inoubliable : les récitatifs sont très habités, le personnage est expressif mais la voix semble parfois sous-dimensionnée pour la salle, surtout dans le grave. Hanna-Elisabeth Müller assure tous les fondamentaux du personnage de Vitellia, mais sans éblouir. On remarque finalement surtout la Servilia percutante de Florina Ilie, alors que Cecilia Molinari semble parfois peiner à faire entendre son Annio et que le Publio de Matheus França est étonnant de gaucherie scénique et d’inadéquation stylistique.
Katleho Mokhoabane incarne un Tito clair et souple, à l’intonation très sûre et au chant plus d’une fois émouvant, même si, techniquement, les vocalises sont parfois hésitantes. On n’est par contre pas convaincu que l’idée de le présenter au premier acte comme un roi africain en boubou soit la plus heureuse, pas plus que de le cantonner dans un fauteuil roulant au deuxième.
Pablo Heras-Casado délivre une lecture joliment contrastée, plus mobilisatrice que celle de ses récents Wagner de l’Opéra de Paris, mais pour être franc, on n’est pas totalement sûr que le résultat serait fondamentalement différent si l’Orchestre du Wiener Staatsoper, qui connaît l’œuvre comme sa poche et dont les solistes font merveille, jouait sans chef.
NICOLAS BLANMONT
Katleho Mokhoabane (Tito Vespasiano)
Hanna-Elisabeth Müller (Vitellia)
Florina Ilie (Servilia)
Emily D’Angelo (Sesto)
Cecilia Molinari (Annio)
Matheus França (Publio)
Pablo Heras-Casado (dm)
Jan Lauwers (ms/d/ch)
Lot Lemm (c)
Ken Hioco (l)
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