CD / DVD / Livres Jonas Kaufmann : Magische Töne
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Jonas Kaufmann : Magische Töne

10/04/2026

1 CD Sony Classical 19958413542

Dans le domaine si large et si complexe, en fait, de la musique légère, Jonas Kaufmann poursuit ici un itinéraire emprunté depuis plus de dix ans avec Du bist die Welt für mich (voir O. M. n° 99 p. 80), puis Wien (voir O. M. n° 154 p. 82). Ce nouvel enregistrement a été effectué en novembre dernier à Budapest, et ce n’est pas là un choix fortuit. Son programme se concentre en effet sur ce qui reliait la capitale hongroise à l’ensemble du monde germanique depuis le milieu du XIXe siècle jusqu’à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Même en période d’affrontements militaires ou de crises économiques, il y avait toujours une évasion possible dans le monde « hors du temps » de l’opérette. Là résidait certainement une part essentielle de la communauté de goût de l’Europe centrale tout entière.

On retrouve donc ici des compositeurs qui, par leur origine ou par le public auquel ils s’adressaient en priorité, conservaient entre eux des ressemblances évidentes. Qu’il s’agisse de « classiques » comme Franz Lehár et Emmerich Kálmán ou d’autres, un peu moins connus, dont la renommée s’était bâtie essentiellement entre Rhin et Danube. Certains, comme Paul Abraham, furent contraints de quitter le Reich hitlérien, d’autres, plus complaisants envers le nouveau régime, s’adaptèrent vaille que vaille. L’opérette « viennoise » n’était-elle pas, dans les salles spécialisées ainsi que dans les cinémas, un antidote aux bruits de bottes ? Quel que soit le climat ambiant, il était toujours bon de rêver au Pays du sourire (Das Land des Lächelns, de Franz Lehár) ou à la Fleur d’Hawaï (Die Blume von Hawaï, de Paul Abraham) et de fréquenter durant quelques heures le Prince Bob (Bob Herceg, de Jenő Huszka) ou l’Impératrice Joséphine (Kaiserin Josephine, d’Emmerich Kálmán). N’oublions pas pour autant que Bánk Bán (de Ferenc Erkel, 1861) et Die Königin von Saba (de Karl Goldmark, 1875), plus graves dans leur propos, ont marqué l’un et l’autre des moments forts dans l’évolution de l’opéra postromantique.

Passant ainsi d’œuvres résolument légères à d’autres qui le sont nettement moins, Jonas Kaufmann est toujours à son aise, y compris dans un répertoire qui pourrait de prime abord paraître indigne de sa grande renommée. Sa voix de ténor aux belles couleurs barytonales sait trouver dans l’aigu de doucereuses demi-teintes. Même pour de brefs morceaux, son implication dramatique est manifeste, sans jamais que l’on n’ait l’impression qu’il fait là une randonnée de vacances. Il est parfaitement accompagné par Dirk Kaftan, qui sait, comme lui, éviter aussi bien la guimauve que la surcharge. Ces mêmes qualités se retrouvent chez Nikola Hillebrand, qui dans des duos pleins d’entrain, est la partenaire du ténor à plusieurs moments de ce récital. Qu’ils chantent en allemand ou en langue hongroise, le dépaysement est bien présent tout au long de cette promenade un rien nostalgique entre Vienne et Budapest.

PIERRE CADARS

1 CD Sony Classical 19958413542

Kálmán – Lehár – Abraham – Raymond – Dostal – Huszka – Erkel – Goldmark

Nikola Hillebrand (soprano), Hungarian State Opera Orchestra, dir. Dirk Kaftan

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