Opéras A Midsummer Night’s Dream à Madrid
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A Midsummer Night’s Dream à Madrid

02/04/2026
Liv Redpath et Clive Bayley. © Teatro Real/Javier del Real

Teatro Real, 14 mars

On ne change pas une équipe qui gagne. Après un Billy Budd d’une prégnance dramatique déchirante en 2017 (voir O. M. n° 127 p. 45) et un Peter Grimes coup de poing en 2021 (voir O. M. n° 174 p. 49), Joan Matabosch fait à nouveau appel, pour édifier un cycle Britten madrilène désormais référentiel, à Deborah Warner et Ivor Bolton. Cela s’imposait aussi pour ceux qui avaient vu le Turn of the Screw londonien signé de la dame, en visite à Bobigny en 1998. Le choix du Midsummer Night’s Dream n’en était pas moins un pari pour Madrid : en 2006, Pier-Luigi Pizzi avait laminé les premiers pas locaux du chef-d’œuvre par une dramaturgie à la mode et un décor trop rigide. Autre difficulté, trouver l’équilibre d’une partition chambriste, destinée en 1960 aux 316 places de Snape Maltings, jouée ici face aux quelque 2 000 fauteuils du Teatro Real ! Gageure gagnée par Ivor Bolton : l’orchestre sonne sans rien perdre de ses glissements magiques, de ses transparences moirées, de ses soubresauts et ricanements comiques. Une merveille !

La distribution s’affirme au même niveau : sa virtuosité exalte la partition de façon exemplaire. C’est qu’elle déborde d’une pure tradition « brittenienne », trait d’union entre les jeunes amants vite survoltés (excellent Lysander de Sam Furness, émouvant Demetrius de Jacques Imbrailo, formidable Hermia de Simone McIntosh, parfaite Helena de Jacquelyn Wagner), et les maîtres d’Athènes, Thomas Oliemans (Theseus) et Christine Rice (Hippolyta vite pompette, et ravie du spectacle des Rustiques).

Parmi eux, Clive Bayley – remplaçant Simon Keenlyside initialement prévu – campe un Bottom/Pyramus mieux installé dans l’échelle sociale, vaniteux, actif en diable, impérieux, en tenant encore bien une voix que marquent les premières rides. Flute/Thisbe drolatique de Ru Charlesworth, mais tous le sont, comme les vétérans William Dazeley et John Graham-Hall. Côté Fairies, l’Oberon de Iestyn Davies manque un peu de projection mais conclut en majesté le duo final avec la somptueuse Tytania de Liv Redpath. Pas de « trebles » pour ses gardes – sans doute plus difficiles à trouver à Madrid qu’en Grande-Bretagne – remplacés avec brio par de jeunes sopranos espagnoles. Quant à Puck, il est double, acteur virevoltant et sonore, et ludion funambule muet au bout d’un fil.

Le pari est plus encore gagné par Deborah Warner et son équipe. Décor vide, où pendent racines blanches, tronc chenu, feuillage encore vert, un arbre renversé et quelques balancelles, au-dessus d’un plateau central de miroir noir posé entre bruyères et tronc mort. Lieu fragile, frémissant d’ombres bleutées et de tutus blancs et dorés, où glisse, rampe, saute ou dort la ribambelle des elfes, danseurs et enfants malicieux venus se glisser sous le diaphane rideau de scène bleu pour observer les humains qui envahissent la salle.

La direction d’acteurs, comme toujours avec Warner, est incisive, humainement affective, ultravivante, et d’une fluidité qui convient aussi bien aux elfes, aux couples d’amants implosés, à la colère froide du maître des esprits, à la douce caricature des artisans. La magie du spectacle vient du fait qu’il ne bouleverse, ne déconstruit ni ne dénigre la tradition shakespearienne, mais se plaît à la sublimer d’un sourire complice, vite partagé. Il rejoint ainsi les souvenirs laissés par Peter Hall à Glyndebourne, Robert Carsen un peu partout, David McVicar à Bruxelles, Laurent Pelly à Lille, références heureuses débordant de cette poésie nocturne qui, comme ici, fait du spectateur un enfant heureux et ébloui. Un enchantement. À quand le suivant ?

PIERRE FLINOIS

Iestyn Davies (Oberon)
Liv Redpath (Tytania)
Daniel Abelson/Juan Leiba (Puck acteur/Puck funambule)
Thomas Oliemans (Theseus)
Christine Rice (Hippolyta)
Sam Furness (Lysander)
Jacques Imbrailo (Demetrius)
Simone McIntosh (Hermia)
Jacquelyn Wagner (Helena)
Clive Bayley (Bottom)
Henry Waddington (Quince)
Ru Charlesworth (Flute)
Stephen Richardson (Snug)
John Graham-Hall (Snout)
William Dazeley (Starveling)
Ivor Bolton (dm)
Deborah Warner (ms)
Christof Hetzer (d)
Luis Carvalho (c)
Urs Schönebaum (l)

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