Opéras Siegfried à Paris
Opéras

Siegfried à Paris

30/01/2026
Ilanah Lobel-Torres et Andreas Schager dans Siegfried. © Opéra National de Paris/Herwig Prammer

Opéra Bastille, 25 janvier

Le troisième volet du nouveau Ring de l’Opéra National de Paris (voir O. M. n° 217 p. 92 pour Die Walküre) s’ouvre sur un superbe tableau de dense forêt germanique, bellement éclairé par Michael Bauer. Avec aussi ses arbres la tête en bas, montant et descendant, qui marquent la volonté de rompre avec toute description réaliste : une forêt « reprogrammée » et « en mutation », explique Calixto Bieito. Sarah Derendinger a renoncé aussi au mitraillage de vidéos, projetant cette fois sobrement quelques fusées de lumières fuyantes, jusqu’à une sobriété excessive même, pour l’évocation de la frayeur de Mime au I, très en dessous de la partition.

Le metteur en scène surprend ensuite par un retrait sensible, suivant assez fidèlement le livret, pour des dialogues des plus traditionnels, placés très sagement à l’avant-scène devant le fond de décor. Et surtout une très déroutante abstention, frôlant la démission, pour la scène de la forge : sans forge, sans enclume, sans marteau… le héros frappant seulement en cadence le sol, du pied ou du poing ; comme plus loin pour des « Murmures de la forêt » sans pipeau ni cor, dans autant de scènes particulièrement frustrantes. 

Le concept initial subsiste pourtant, avec ce plateau traversé par moments par des figures humanoïdes plus ou moins déchiffrables, telle celle qu’Alberich apporte sur un chariot et dont l’accouchement pourrait préfigurer la naissance de Hagen – le trop-plein d’intentions succédant ainsi au trop-plein de vide. Mais aussi d’assez heureuses inventions, comme cette entrevue orageuse entre le Wanderer et Erda autour d’une table bien dressée et d’un potage fumant, qui connotent les rapports familiaux et leur tension progressivement exacerbée. Ou même un combat avec Fafner avec force fumée et tête géante du dragon manœuvrée à la grue, qui, pour avoir été vue notamment chez Chéreau, n’en fonctionne pas moins avec une assez belle efficacité.

Jusqu’à une étonnante dernière scène où Brünnhilde est placée simplement derrière un écran blanc, en fond de scène, où apparaît seulement le placage de ses mains, pour un réveil des moins conventionnels. La Walkyrie déchue s’y livre à un cassage préalable, très inattendu mais évocateur, d’un bloc de glace, et assiste à la déchirure assez laborieuse, par l’épée de Siegfried, des rideaux de plastique qui la masquent, avant un finale main dans la main qui replonge dans la convention.

Un plateau superlatif triomphe de ces trop brutales oscillations, qui soufflent le chaud et le froid. Il est dominé par le Siegfried infatigable d’Andreas Schager, qui projette un aigu insolent, même si davantage de nuances seraient parfois souhaitables. Pour son Mime de référence, Gerhard Siegel est peut-être un peu moins saisissant que dans Rheingold, parfois en déficit de graves et usant modérément de la nasalité, mais l’ensemble reste de premier ordre. Brian Mulligan et Mika Kares sont parfaits dans des rôles déjà assumés dans les deux premiers volets.

Avec des forces inépuisables lui aussi, Derek Welton, remplaçant comme dans le Prologue un Iain Paterson toujours démissionnaire, impose un Wanderer peut-être un peu trop éclatant pourtant, auquel manque l’aura de l’âge, tandis que Marie-Nicole Lemieux, en excellente voix, campe de nouveau une Erda de très fort caractère. À côté du joli Waldvogel d’Ilanah Lobel-Torres, au timbre adéquat, reste enfin la Brünnhilde de Tamara Wilson, d’une corpulence nettement plus pénalisante ici que dans Die Walküre, malgré l’expressivité de son beau visage, mais vraiment souveraine dans la nuance comme la beauté d’impeccables aigus, jusqu’au parfait contre-ut final.

Pablo Heras-Casado déçoit cette fois franchement, avec une mise en place irréprochable mais un manque d’élan et de conviction (dans les fulgurants finales en particulier), malgré son bel orchestre. Alors qu’elle fait un triomphe aux chanteurs, la salle lui réserve un accueil plutôt tiède. Le tout laissant très incertain pour le volet final.

FRANÇOIS LEHEL

Andreas Schager (Siegfried)
Gerhard Siegel (Mime)
Derek Welton (Der Wanderer)
Brian Mulligan (Alberich)
Mika Kares (Fafner)
Marie-Nicole Lemieux (Erda)
Tamara Wilson (Brünnhilde)
Ilanah Lobel-Torres (Waldvogel)
Pablo Heras-Casado (dm)
Calixto Bieito (ms)
Rebecca Ringst (d)
Ingo Krügler (c)
Michael Bauer (l)
Sarah Derendinger (v)

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