1 DVD Naxos 2.110780 & 1 Blu-ray NBD0188V

En mai 2024, le Deutsche Oper de Berlin célébrait le centenaire de la création d’Intermezzo avec cette production confiée à Tobias Kratzer, assurément le plus réussi des trois épisodes d’une trilogie straussienne comprenant également Arabella (déjà parue en DVD) et Die Frau ohne Schatten (qui devrait suivre).

On retrouvera ici les composantes principales du style Kratzer, à commencer par l’actualisation. Christine en jeans et pull d’intérieur, Storch qui part dans un gros taxi, la rencontre avec Lummer qui ne se fait pas en luge mais lors d’un accident de voiture, mais aussi et surtout des personnages qui adoptent des comportements de 2024 plus que de 1924 : le jeune Baron sort déjà du lit de l’épouse délaissée à la troisième scène quand ils sont censés danser, et c’est donc une Christine moins naïve et plus cynique qui se scandalise des infidélités supposées de son mari. Il y a aussi l’humour gentiment iconoclaste du metteur en scène, que ce soit dans les habituels petits films préenregistrés, dans l’omniprésence de Franzl, le fils de Robert et Christine, campé comme un surdoué en frac qui regarde les prestations de son père à la télévision devant une boîte Lego de l’Opéra de Sydney, ou dans un deuxième degré destiné aux mélomanes initiés : on reconnaît dans la garde-robe de Christine et dans certaines scènes de multiples références à d’autres opéras de Strauss (Elektra avec sa hache !), et on voit apparaître à plusieurs reprises des images d’autruches (« Strauß » en allemand).

Musicalement, on ne peut qu’être enthousiasmé par la prestation d’un Donald Runnicles constamment inspiré, qui dose à merveille couleurs, contrastes et expressions des sentiments, servi par un orchestre maison des grands jours, éblouissant dans les interludes symphoniques. Enthousiasmants aussi, la Christine superbe de Maria Bengtsson, passant avec aisance du parlé au chanté et restituant avec un aigu souverain toute la diversité du personnage, ainsi que le Lummer solide et lyrique à la fois de Thomas Blondelle, nonobstant la conception un peu vulgaire qu’a Kratzer du jeune Baron. Le Storch de Philipp Jekal est un cran en-dessous mais remplit le contrat, et tout le reste du plateau se révèle impeccable. On regrette d’autant plus l’absence de sous-titres français.

NICOLAS BLANMONT

1 DVD Naxos 2.110780 & 1 Blu-ray NBD0188V

Philipp Jekal (Robert Storch) – Maria Bengtsson (Christine) – Elliott Woodruff (Franzl) – Anna Schoeck (Anna) – Thomas Blondelle (Baron Lummer) – Clemens Bieber (Stroh) – Markus Brück (Notar) – Nadine Secunde (Frau des Notars) – Joel Allison (Kommerzienrat) – Simon Pauly (Justizrat) – Tobias Kehrer (Kammersänger)

Das Orchester der Deutschen Oper Berlin, dir. Donald Runnicles. Mise en scène : Tobias Kratzer. Réalisation : Götz Filenius (16/9 ; stéréo : Dolby Digital & DTS 5.1) 

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