
1 CD Palazzetto Bru Zane BZ 2008
Cet enregistrement d’une vingtaine de mélodies pour voix et orchestre vient compléter un premier volume publié en 2022 par le Palazzetto Bru Zane. Hervé Niquet et l’Orchestre de Chambre de Paris cèdent ici la place à Pierre Dumoussaud et l’Orchestre de l’Opéra Normandie Rouen. Après Etienne Dupuis, Nicole Car, Jodie Devos, Cyrille Dubois, Véronique Gens et Chantal Santon Jeffery, c’est maintenant au tour -d’Hélène Guilmette, Marie-Andrée Bouchard-Lesieur, Julien Henric et Thomas Dolié de défendre au mieux ce domaine relativement oublié de l’œuvre de Massenet.
Deux cycles d’importance constituent l’essentiel de cette publication : les cinq Chansons des bois d’Amaranthe, destinées à un quatuor vocal, et Expressions lyriques, composées à l’intention de Lucy Arbell. S’y ajoutent douze autres mélodies de provenances diverses, dont plusieurs n’ont été redécouvertes que récemment, ainsi que deux brefs morceaux pour orchestre seul – Entracte-Sévillana pour Don César de Bazan, et La Mer, adaptée d’un célèbre Lied de Schubert. Comme souvent avec l’abondante production lyrique de Massenet, on peut émettre quelques réserves sur la qualité proprement littéraire des vers dont il s’est inspiré. On trouve là généralement des œuvres de « petits maîtres », qui sont avant tout révélatrices d’un certain goût d’époque.
Ce côté souvent désuet est compensé par l’inépuisable inventivité musicale du compositeur, qui, pour chacun de ces tableautins, parvient toujours à trouver le ton le plus juste. Cela se remarque dans les Chansons des bois -d’Amaranthe, où les couleurs des quatre voix solistes s’harmonisent si bien avec l’accompagnement orchestral, tout comme dans les Expressions lyriques, où l’interprète féminine est amenée à passer constamment de la voix parlée à la voix chantée. Pièces de circonstance et pièces plus structurées forment ainsi un ensemble de toute première qualité, d’autant plus que chef, orchestre et chanteurs réussissent à donner à ces impressions fort rapides parfois la tension dramatique que l’on retrouve ailleurs dans les meilleurs opéras de Massenet.
Faut-il cependant apporter à ce bel ensemble une réserve ? Pourquoi avoir modifié le texte de la mélodie Première danse, tel qu’il avait été mis en musique ? Le poème de Jacques Normand évoque le jeu de séduction d’une « fillette de 5 ans » qui se transforme ici en une « fille » ou une « charmeuse » de dix ans plus âgée. Les exigences morales d’aujourd’hui doivent-elles brouiller ainsi notre approche d’un répertoire musical vieux d’un siècle et plus ? Un tel sursaut de moralisme semble en contradiction avec les ambitions les plus nobles du Palazzetto Bru Zane.
PIERRE CADARS
Hélène Guilmette – Marie-Andrée Bouchard-Lesieur – Julien Henric – Thomas Dolié
Orchestre de l’Opéra Normandie Rouen, dir. Pierre Dumoussaud
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