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La Périchole à Saint-Étienne

13/01/2026
Marie-Andrée Bouchard-Lesieur et Kaëlig Boché. © Opéra de Saint-Étienne/Cyrille Cauvet

Opéra, 4 janvier

En coproduction avec Marseille, l’Opéra de Saint-Étienne propose pour les fêtes une réjouissante Périchole. Transposant l’action du XVIIIe siècle vers un Second Empire de fantaisie « qui rêve au Pérou (et) transforme l’empire colonial en parc d’attraction », Jean-Christophe Mast s’amuse à mêler de multiples références « sud-américaines », au sens large, anciennes, traditionnelles ou contemporaines, plaçant au centre du plateau une pyramide (aztèque !) tournante qui, en un clin d’œil, devient estaminet, estrade de cirque, trône ou prison. En ce joyeux carnaval, il convoque avec la même malice un petit peuple péruvien aux pompons caractéristiques, des mariachis mexicains ou des lutteurs de catch. La première apparition de Piquillo et la Périchole (« Complainte de l’Espagnol et la jeune Indienne ») se fait sur un numéro de lanceurs de couteaux, avant que la séguedille en duo « Le Muletier et la jeune personne » ne les montre assis chacun sur un cheval(-lama) de bois de manège. Il est vrai que l’animal emblématique du Pérou est omniprésent, sous forme d’accoudoir de trône, d’ornement d’auto-tamponneuse ou de gigantesques fontaines déversant une pluie d’or… sans oublier la statuette-figurine pour la pirouette finale !

Le spectacle profite des décors et costumes – réalisés par les ateliers de la maison – aussi inventifs que colorés de Jérôme Bourdin et des fort jolies chorégraphies de Jean-Marc Chastel, que mettent en valeur les lumières soignées de Patrick Méeüs. Le rythme de la soirée peut aussi compter sur la direction enlevée et précise de Laurent Touche, à la tête d’un Orchestre Symphonique et d’un Chœur Lyrique Saint-Étienne Loire en grande forme, d’une bonne humeur qui ne cède jamais au clinquant ni au tonitruant, sachant même ménager quelques moments de mélancolie et d’introspection dans cette partition plus raffinée qu’il n’y paraît.

La distribution, uniquement française, est très adéquate jusque dans les petits rôles, comme les deux diligents notaires d’Alix Varenne et Frédéric Bayle, ou l’inusable Jean-Claude Calon (83 ans) en ses deux rôles. Flannan Obé et Jean-Gabriel Saint-Martin sont épatants en grands de la cour aussi obséquieux que déjantés, et le trio féminin (à la fois accortes cousines et grandes dames) d’Amandine Ammirati, Mathilde Lemaire et Aliénor Feix est formidable, avec une mention spéciale pour le beau mezzo de cette dernière, que l’on imaginerait aisément dans le rôle-titre. Enfin, le trio principal est excellent, quoique peut-être pas tout à fait équilibré.

Impayable sous ses multiples et très improbables déguisements (notamment de catcheur mexicain !), Florent Karrer dessine, de son baryton mordant et brillant – malgré peut-être une ampleur un peu limitée dans l’aigu – et avec une diction impeccable, un Vice-Roi non tant odieux dictateur qu’amoureux transi. Voilà qui rend vraisemblable la clémence finale où il décerne aux saltimbanques un lama d’or, en récompense du divertissement procuré par leurs mésaventures !

Le couple d’amants est mieux assorti physiquement que vocalement. Kaëlig Boché est un touchant Piquillo, délicat ténor léger, un rien étroit de timbre peut-être, mais parfaitement assuré. Il est cependant souvent couvert dans leurs duos par le mezzo opulent et profond de Marie-Andrée Bouchard-Lesieur, au timbre somptueux et à la projection explosive. Avouons qu’on l’imaginerait davantage en Léonor de La Favorite, voire en Dalila, plutôt qu’en modeste chanteuse de rue : question non seulement de volume, mais aussi de ton et de style, voire de technique, la couverture de l’émission permettant certes une homogénéité des registres assez remarquable, mais nous éloignant des talents de diseuse que possédait assurément la créatrice Hortense Schneider. Cela dit, la discipline technique de la jeune mezzo est indéniable, pour une incarnation aussi sensuelle que drôle. Voilà en tout cas un parfait spectacle pour terminer l’année, ou la commencer.

THIERRY GUYENNE

Marie-Andrée Bouchard-Lesieur (La Périchole)
Amandine Ammirati (Guadalena, Manuelita)
Mathilde Lemaire (Berginella, Frasquinella)
Aliénor Feix (Mastrilla, Brambilla)
Kaëlig Boché (Piquillo)
Florent Karrer (Don Andrès)
Flannan Obé (Don Miguel)
Jean-Gabriel Saint-Martin (Don Pedro)
Jean-Claude Calon (Tarapote)
Laurent Touche (dm)
Jean-Christophe Mast (ms)
Jérôme Bourdin (dc)
Patrick Méeüs (l)
Jean-Marc Chastel (ch)

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