Metropolitan Opera, 3 janvier
La nouvelle production des Puritani au Metropolitan Opera suscite un sentiment partagé : une admiration franche pour la splendeur musicale, et une incrédulité croissante devant une mise en scène confuse, tatillonne et finalement stérile. À la tête d’un orchestre remarquablement préparé, Marco Armiliato dirige avec style et intelligence, soucieux de servir au mieux ses chanteurs. Il a même le courage de proposer une édition fidèle, quitte à frustrer une partie du public new-yorkais en supprimant la cabalette apocryphe « Ah! sento, o mio bell’angelo », ajoutée par la tradition depuis Beverly Sills et Joan Sutherland.
Chargé de la mise en scène en l’absence de David McVicar, le décorateur Charles Edwards signe un spectacle visuellement séduisant mais dramaturgiquement embrouillé. Le décor d’ouverture, inspiré de Rembrandt, est superbe – bien supérieur aux souvenirs de jadis – mais la direction d’acteurs accumule les tics les plus agaçants du théâtre « à concept » : accessoires envahissants, doubles muets des héros, figurants errants dans les airs les plus intimes. Le climat sombre, directement hérité des Puritani brutaux d’Andrei Șerban dans les années 1980, baigne la guerre civile anglaise dans une violence pesante, jusqu’à suggérer une exécution finale d’Arturo.
Heureusement, le chant sauve la soirée. Lisette Oropesa est une Elvira lumineuse, d’une agilité et d’une musicalité exemplaires, distillant trilles et demi-teintes avec une intelligence du texte admirable. Même affublée d’une idée absurde – dessiner frénétiquement des portraits pendant ses scènes de folie –, elle parvient à émouvoir. Lawrence Brownlee, Arturo ardent et racé, affiche un éclat vocal constant, une diction incisive et un style irréprochable, jusqu’au contre-fa (écrit) qu’il lance avec bravoure. Le duo Oropesa–Brownlee fonctionne comme une évidence et déclenche des ovations méritées. Artur Ruciński prête à Riccardo une voix superbe, souple et généreuse, même s’il se laisse aller à des aigus tenus hors de propos, d’une autre époque. La mise en scène, en revanche, trahit son personnage : le rival noble et tourmenté devient un méchant caricatural, affublé d’une flasque d’alcool, détail aussi grotesque qu’anachronique dans une communauté puritaine.
Christian Van Horn, Giorgio solide mais monochrome, se voit imposer, fidèle aux habitudes de McVicar, une scène viriliste torse nu pour « Suoni la tromba ». Le chœur, parfois amplifié depuis les coulisses, se montre néanmoins en bien meilleure forme que dans la récente Sonnambula. Ainsi, ces Puritani laissent le sentiment frustrant d’un sommet musical entravé par une dramaturgie brouillonne, une victoire du bel canto sur une vision scénique à côté de la plaque.
DAVID SHENGOLD
David Pittsinger (Lord Gualtiero Valton)
Christian Van Horn (Sir Giorgio)
Lisette Oropesa (Elvira)
Lawrence Brownlee (Lord Arturo Talbo)
Artur Ruciński (Sir Riccardo Forth)
Tony Stevenson (Sir Bruno Roberton)
Eve Gigliotti (Enrichetta di Francia)
Marco Armiliato (dm)
Charles Edwards (ms/d)
Tim Mitchell (l)
Gabrielle Dalton (c)