Opéras I Capuleti e i Montecchi à Amsterdam
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I Capuleti e i Montecchi à Amsterdam

11/01/2026
Vasilisa Berzhanskaya, Yaritza Véliz, Jerzy Butryn et Bogdan Talos. © Dutch National Opera/Monika Rittershaus.

De Nationale Opera, 28 décembre

Faire des Capulet et des Montaigu deux clans mafieux rivaux dans l’Italie des années 1950 n’est pas fondamentalement original. Pas plus que le procédé consistant à flanquer les personnages principaux de doubles silencieux. Et placer l’action sur une tournette de bois clair qui fait apparaître successivement trois espaces de vie plus ou moins grands, dont le plus large orné d’une grande toile parsemée de taches de sang figé, n’a rien de fondamentalement novateur. Ni d’ailleurs de gratifiant d’un point de vue esthétique.

Ainsi résumée, la mise en scène de Tatjana Gürbaca, premier épisode d’un cycle Bellini entrepris au Nationale Opera & Ballet d’Amsterdam et coproduite avec le Staatsoper de Vienne, pourrait susciter un haussement d’épaules. Pourtant, si on veut bien laisser de côté ce que la transposition a de cliché, et oublier certains enfantillages inutiles au finale du premier acte, on peut ressortir du spectacle sincèrement touché. 

Parce que la violence ambiante n’est jamais vraiment montrée, les actions étant juste esquissées avant de se résoudre en ellipses chorégraphiques – Ran Arthur Braun est d’ailleurs crédité à l’affiche comme « chorégraphe des combats ». Parce que, plutôt que de souligner la haine des deux clans (si semblables qu’on peine à les discerner), Gürbaca met en lumière certains sentiments des protagonistes qui leur confèrent une réelle profondeur et enrichissent la trame sans la trahir : un Capellio bouleversé par la perte de son fils, un Tebaldo sincèrement amoureux de Giulietta et profondément malheureux de sa disparition. Et parce que le tout bénéficie d’une direction d’acteurs très soignée.

Portant un Nederlands Philharmonisch Orkest de très belle tenue et des chœurs excellents, la direction musicale d’Antonino Fogliani, précise, compétente et efficace, sert idéalement le drame, tout en restant attentive à la projection des solistes dans une salle dont les vastes dimensions sont toujours un défi.

On est émerveillé par l’aisance de Vasilisa Berzhanskaya, Romeo puissant, soyeux et d’une intonation impeccable. Yaritza Véliz séduit par le mélange de fraîcheur et de solidité qu’elle confère à Giulietta, avec notamment ce qu’il faut de fluidité dans les coloratures et des aigus d’une netteté sans faille. Vocalises et aigus impeccables sont aussi parmi les points forts de Julien Dran, acteur de premier plan composant un Tebaldo inoubliable, alternant force et suavité, et projetant avec grâce et élégance un timbre d’une rondeur irrésistible. Les deux basses, Jerzy Butryn en Capellio et Bogdan Talos en Lorenzo, devenu ici conseiller plutôt que moine, complètent un plateau de haut vol.

NICOLAS BLANMONT

Jerzy Butryn (Capellio)
Yaritza Véliz (Giulietta)
Vasilisa Berzhanskaya (Romeo)
Julien Dran (Tebaldo)
Bogdan Talos (Lorenzo)
Antonino Fogliani (dm)
Tatjana Gürbaca (ms)
Henrik Ahr (d)
Silke Willrett (c)
Stefan Bolliger (l)

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