Opéras Ariodante à Londres
Opéras

Ariodante à Londres

10/01/2026
Jacquelyn Stucker et Emily D’Angelo. © Marc Brenner

Royal Opera House, Covent Garden, 11 décembre

Seul opéra de Haendel à avoir le Royaume-Uni pour cadre, et premier nouvel ouvrage créé par le Saxon lors de sa première saison à Covent Garden en 1735, Ariodante n’y avait plus connu d’autre mise en scène depuis. Un an après sa création à Strasbourg (voir O. M. n° 208 p. 78), la salle londonienne accueille la production de Jetske Mijnssen, avec une distribution presque entièrement renouvelée. Par la grâce d’un nouveau processus de répétitions et sans doute aussi de la maturation naturelle d’une lecture assez claire, les faiblesses pointées alors par Mehdi Mahdavi se sont estompées, et on découvre un spectacle aussi intelligent qu’élégant. La reconfiguration de l’action en drame familial à la Tchekhov se révèle convaincante : Dalinda est sœur cadette de Ginevra plutôt que sa suivante, leur père le Roi d’Écosse n’en finit pas de mourir dans sa chambre médicalisée du palais, et on comprend vite que Polinesso, bien qu’ami de la famille, n’y a jamais été véritablement intégré et nourrit envie et ressentiment. Dans les décors raffinés mais habiles d’Étienne Pluss et sous les belles lumières de Fabrice Kebour, les jeux de symétrie et la direction d’acteurs fonctionnent comme une mécanique parfaitement huilée.

En effectif adéquatement allégé et historiquement informé comme il se doit, l’Orchestre du Royal Opera House arrive à peu près à faire oublier qu’il n’est pas une des formations d’instruments anciens généralement convoquées pour ce répertoire. Les attaques sont incisives et les vents peuvent, çà et là, se montrer coruscants. Cela tient sans doute à la présence dans la fosse de Stefano Montanari, chef que l’on sait aussi à l’aise dans le XVIIIe siècle que dans le XIXe. On a pris l’habitude de voir l’Italien, comme ici encore, sortir son violon quand il dirige, accompagnant les tutti d’orchestre pour quelques mesures ou concluant une aria par une brève ornementation quand le soliste a cessé de chanter. Si l’on oublie de penser à Willi Boskovsky – ou André Rieu –, la posture peut sembler sympathique, sans pour autant que l’on soit vraiment convaincu de l’utilité du procédé. 

Une fois encore, Jacquelyn Stucker éblouit par son engagement vocal et scénique : tragédienne accomplie, l’Américaine confère à Ginevra une présence éclatante, ce qu’il faut de noblesse et même un soupçon de sensualité, avec une projection parfaite et une émission naturelle et fluide. Seul rescapé de l’affiche strasbourgeoise, Christophe Dumaux s’impose une nouvelle fois comme un Polinesso de référence : coloratures nettes, intonation sûre, le temps semble n’avoir pas de prise sur le contre-ténor. Dans le rôle-titre, la voix d’Emily D’Angelo peut par moments sembler un peu ténue pour une salle comme Covent Garden, mais son chant est élégant et inspiré, avec notamment un « Scherza infida » superbe par son expressivité, ses nuances et la richesse de ses ornementations. Globalement remarquable, le plateau a encore pour atouts le Lurcanio raffiné d’Ed Lyon, la Dalinda impeccable d’Elena Villalón et le Roi de bronze de Peter Kellner.

NICOLAS BLANMONT

Peter Kellner (Il Re di Scozia)
Jacquelyn Stucker (Ginevra)
Emily D’Angelo (Ariodante)
Ed Lyon (Lurcanio)
Christophe Dumaux (Polinesso)
Elena Villalón (Dalinda)
Emyr Lloyd Jones (Odoardo)
Stefano Montanari (dm)
Jetske Mijnssen (ms)
Étienne Pluss (d)
Uta Meenen (c)
Fabrice Kebour (l)

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