Opéras Caterina Cornaro à Bergame
Opéras

Caterina Cornaro à Bergame

30/11/2025
Carmela Remigio et Vito Priante. © Studio U. V.

Teatro Donizetti, 14 novembre 

La onzième édition du Festival Donizetti s’ouvre avec une nouvelle production de la rare Caterina Cornaro, « tragedia lirica » en deux actes et un prologue, dans une édition critique d’Eleonora Di Cintio. Basée sur une version préparée par le compositeur pour une reprise à Parme en 1845, elle rétablit ses intentions premières. En effet, le livret original avait été censuré lors de la création à Naples en 1844, faisant mourir le roi de Chypre sur le champ de bataille et non à petit feu, empoisonné par les Vénitiens, en vue de lui substituer sa femme Caterina Cornaro. La fin semi-heureuse voyait Gerardo, le premier amour de Caterina, s’allier à lui contre ses ennemis, et lui survivait, permettant un lieto fine et un grand air avec cabalette de la prima donna. Ici, l’œuvre se conclut de façon résolument tragique, avec la mort des deux hommes.

Dans sa mise en scène, l’ancien directeur artistique du festival, Francesco Micheli, a tenté une superposition entre deux univers et deux personnages, en vue de lui donner une résonance actuelle. Au premier plan, Caterina, noble vénitienne contrainte par le Conseil des Onze à rompre ses fiançailles avec l’élu de son cœur pour épouser Lusignano, le roi de Chypre, afin de le manipuler ; à l’arrière-plan, une femme ordinaire, enceinte, confrontée à la perte de son mari malade, en proie à l’angoisse dans la salle d’attente d’un hôpital, et se projetant dans le destin de l’héroïne. Le même décor, un grand parallélépipède manipulé a vue, se transforme au fil des scènes grâce à la vidéo et passe de l’univers Renaissance à la salle d’attente, et les personnages d’une identité à l’autre. Des textes à la phraséologie de roman-photo viennent expliciter la pensée de la seconde Caterina. Au deuxième acte, le télescopage entre les deux univers paraît un peu moins arbitraire et de plus en plus complexe, mais crée parfois un effet involontairement comique qui culmine lorsque Gerardo appelle les Chypriotes à la révolte le scalpel à la main, troquant son habit de chevalier de Rhodes pour celui du chirurgien.

La partition, assez conventionnelle au prologue, trouve un certain souffle dans les deux actes avec de splendides duos, un très beau chœur des conspirateurs et un rôle intéressant pour le baryton. Dans le rôle-titre, Carmela Remigio ne démérite pas mais malgré son engagement et une technique impeccable, elle manque un peu d’ampleur pour cet emploi de soprano dramatique d’agilité, même privée de sa grande scène finale qui, à n’en pas douter, l’aurait mise à rude épreuve. Le Gerardo d’Enea Scala, d’une vaillance impressionnante dans un rôle très exigeant, avec cette émission tout en force qui lui est typique, communique une virilité sans nuance à un personnage qui réclamerait parfois un peu de lyrisme. Vito Priante est sans doute le plus authentique belcantiste de la distribution, et son meilleur élément. Avec son baryton large et chaleureux, il confère une très grande expressivité à Lusignano, une partie qui semble annoncer le baryton Verdi. Dans le rôle du perfide Mocenigo, Riccardo Fassi fait valoir une belle basse chantante et une caractérisation très convaincante. Du côté des plus petits rôles, l’Andrea Cornaro de Fulvio Valenti paraît quelque peu fatigué.

L’excellent Chœur de l’Accademia Teatro alla Scala et l’Orchestre Donizetti Opera répondent avec précision à la direction efficace de Riccardo Frizza. À en croire la bronca qui a accueilli le metteur en scène et son équipe, son concept n’a pas du tout convaincu le public de la première, malgré un travail visuel très élaboré et des costumes magnifiques, caractérisant remarquablement les protagonistes dans un style purement vénitien.

ALFRED CARON

Carmela Remigio (Caterina Cornaro)
Vittoria Vimercati (Matilde)
Enea Scala (Gerardo)
Vito Priante (Lusignano)
Riccardo Fassi (Mocenigo)
Fulvio Valenti (Andrea Cornaro)
Francesco Lucii (Strozzi, Un cavaliere del re)
Riccardo Frizza (dm)
Francesco Micheli (ms)
Matteo Paoletti Franzato (d)
Alessio Rosati (c)
Alessandro Andreoli (l)
Matteo Castiglioni (v)

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