13e Concours International de chant-piano « Nadia & Lili Boulanger »
Très exigeant par son heure et demie de musique à préparer – et chanter par cœur –, et ses nombreuses contraintes de programme, le Concours International de chant-piano « Nadia et Lili Boulanger », biennal, s’est tenu pour la première fois Salle Cortot, où Nadia avait enseigné dès les années 1920. Sur 33 duos inscrits (de 19 nationalités différentes), 27 se sont finalement présentés aux éliminatoires, ramenés à 13 au deuxième tour, puis 7 en finale.
Le Grand Prix de duo chant-piano «Rainier III de Monaco» (12 000 €) est revenu à Léontine Maridat-Zimmerlin (26 ans) et Ayano Kamei (29 ans), tandem d’une belle complémentarité. Soutenue par un piano tour à tour délicat, puissant ou brillant, la mezzo française, beau timbre et grande sensibilité, a notamment délivré en demi-finale une « Chevelure » de Debussy d’une intense sensualité, et en finale un « Retour » de Lili Boulanger plein de nostalgie ainsi qu’un « Soir d’hiver » d’Augusta Holmès très enlevé dans son pastiche hispanique.
Mais c’est le tandem Bridget Esler/David Palmer qui nous aura personnellement le plus marqué, comme si, dépassant le cadre d’un concours, on accédait soudain à une expérience quasi mystique. Car dès la première note, on est saisi par l’ascendant, physique et vocal, de cette soprano canadienne de 26 ans, dont l’instrument singulier, porté par une maîtrise technique – notamment de souffle – époustouflante, est capable de divins allègements comme de soudains éclats d’une ampleur impressionnante. Le sens des enchaînements est particulièrement remarquable, notamment, en finale, entre « Iltarukous » de Saariaho et Requiem de Schumann, en parfaite entente avec le pianiste britannique de 27 ans, partenaire inspiré tout au long de programmes d’une originalité et d’une audace folles. Ils ont donc raflé trois récompenses : le Prix de la Mélodie-Fondation La Forlane/Institut de France (6 000 euros), le Prix du Lied-Centre Nadia et Lili Boulanger (6 000 euros) et aussi le Prix de la création-Action Musicale Pierre Wissmer (2 000 euros).
Notons que le Prix du Lied a été partagé ex aequo avec le duo Hektor Palmer Nordfors/Suryeon Noh : en finale le baryton suédois et la pianiste coréenne ont notamment délivré un émouvant « Meine Rose » de Schumann, puis un « Ach weh mir unglückhaftem Mann » de Richard Strauss satirique à souhait, mais ont moins brillé en français.
Bienheureux enfin Laurent Coulomb (né en 1977), dont la mélodie « D’une aile d’ange », spécialement commandée par le CNLB, a été créée pas moins de treize fois en demi-finale, avec des propositions artistiques aussi diverses que passionnantes. On est heureux que le jury ait, là encore, décerné ex aequo le Prix de la création à un duo non parvenu en finale, formé par Baptiste Bonfante, baryton français (27 ans) et Kaoruko Shima, pianiste japonaise (29 ans), qui ont su créer dans cette pièce une atmosphère très prenante.
THIERRY GUYENNE
Jury :
Claar ter Horst (présidente)
Florence Boissolle
Didier Henry
Yoan Héreau
Sunhae Im
Julie Kaufmann
Marc Mauillon
Jan Philip Schulze
Erika Switzer
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