Opéras Rinaldo à Karlsruhe
Opéras

Rinaldo à Karlsruhe

11/03/2025
Valeria Girardello et Lawrence Zazzo. © Felix Grünschloß

Staatstheater, 21 février

En 1711, un marché inespéré s’ouvre pour l’opéra italien à Londres, brèche dans laquelle s’engouffre un Haendel de 25 ans, tout juste débarqué, tellement bouillonnant d’idées et pressé qu’il bâcle. Même en adaptant en urgence La Jérusalem délivrée du Tasse, le librettiste Giacomo Rossi peine à suivre, car Haendel compose si vite que la musique précède parfois la livraison des paroles.

Ainsi naît Rinaldo, opéra brillant, achevé en deux semaines, mais dont les deux tiers proviennent néanmoins d’œuvres antérieures. L’enthousiasme du public est tel qu’ensuite, cet opéra fera l’objet de reprises quasi annuelles, sans cesse réécrit en fonction des voix disponibles, jusqu’à une ultime version en 1731, totalement essoufflée, qui ne conserve qu’un quart de l’original, le reste ayant été sans cesse remodelé, voire remplacé par d’autres airs récupérés ailleurs. 

Pourquoi le Festival Haendel de Karlsruhe a-t-il préféré cet ultime état, rarement joué, et pour cause, alors que la mouture de 1711, plus flamboyante et inventive, lui demeure supérieure ? Si c’est pour l’attrait de la rareté, le calcul ne paraît pas bon, ce d’autant plus que Rinaldo Alessandrini ne défend pas bien ce choix. S’occupant beaucoup de l’expressivité du chant, il néglige de donner une réelle ossature à un orchestre qui vacille, impression renforcée par un recrutement d’instrumentistes baroques techniquement incertains. On a souvent connu les Deutsche Haendel-Solisten en meilleure forme.

La distribution vocale flageole aussi beaucoup. Lawrence Zazzo, prématurément usé, ne peut plus chanter décemment le rôle-titre, même dans cette version plus grave, adaptée pour le castrat Senesino. On lui épargne le célèbre « Or la tromba », où il ferait naufrage, mais le redoutable « Venti, turbini » lui pose tant de problèmes qu’à force de s’époumoner et chanter faux, son personnage en devient ridicule. L’Argante de Francesca Ascioti manque d’aisance dans un rôle initialement écrit pour une basse, et l’Armida de Valeria Girardello traverse ses airs – qui, dans cette version, ne sont pas toujours ceux qu’on attend – sans les marquer d’une véritable personnalité. Même le poignant « Ah ! Crudel » s’effiloche, mais aussi, il est vrai, à cause des maniérismes de l’orchestre. Ne restent à surnager que le Goffredo un peu émacié de Jorge Navarro Colorado, un ténor dans cette version, et la très jolie soprano Suzanne Jerosme en Almirena. Donc un bilan insuffisant.

Défendue par un plateau plus brillant, la mise en scène de Hinrich Horstkotte passerait sans doute mieux. En l’état, elle compte sur des effets décoratifs et vidéo séduisants et imaginatifs, mais qui partent dans tous les sens, sans projet artistique cohérent, et sur quelques recettes qui épuisent trop vite leur potentiel, théâtre dans le théâtre et jeu souvent simpliste et caricatural, comme si les personnages restaient cantonnés à une expressivité de marionnettes. Le Festival Haendel de Karlsruhe nous a habitués à tellement mieux ces dernières années qu’on en devient peut-être trop exigeants…

LAURENT BARTHEL

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