Opéras Die Walküre à Milan
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Die Walküre à Milan

27/02/2025
Klaus Florian Vogt et Elza van den Heever. © Teatro alla Scala/ Brescia e Amisano

Teatro alla Scala, 9 février

Après un Rheingold un peu en deçà l’automne dernier (voir O. M. n° 208 p. 67), cette Walküre, nouveau maillon d’un Ring prévu à Milan jusqu’en février-mars 2026, brille en revanche par sa formidable distribution. Certains titulaires ont une longue habitude de leur rôle, d’autres y débutent, mais tous se surpassent : engagement dramatique, musicalité, et même une diction tellement limpide qu’on en oublierait presque le sous-titrage. L’âge d’or du chant wagnérien, c’était sans doute avant-hier, mais aujourd’hui, face à une aussi brillante constellation de talents, toute nostalgie du passé paraît oiseuse.

Par qui commencer ? Évidemment par le Siegmund de Klaus Florian Vogt, incarnation rodée à la syllabe près, qui parvient encore à arrondir sa voix de colorations inédites, voire à trouver de nouveaux recoins d’émotion. Et par le Wotan de Michael Volle, vétéran dont l’impériosité de la projection, fondée sur une implacable véhémence des mots, continue à construire un personnage assurément mythique. Un temps pressenti pour Wotan à Bayreuth, Günther Groissböck aura-t-il un jour le format de l’emploi ? L’impact auditif de son Hunding incite à en douter, faute d’une largeur de timbre suffisante, mais sa force maléfique, pure décoction de méchanceté, apporte de substantielles compensations.

Chez les dames, l’arrivée d’Okka von der Damerau fait littéralement peur, portée par une lame de fond de l’orchestre qui fait pressentir une scène de ménage homérique. Une sibylle, dont l’ampleur tutélaire paraît encore plus saisissante après les simples et juvéniles Hojotoho de la Brünnhilde de Camilla Nylund, Walkyrie d’une lumineuse blondeur, dont l’annonce de la mort, au II, a encore besoin de gagner en aura surnaturelle. C’est d’ailleurs le seul vrai déséquilibre de l’affiche : Nylund a beaucoup chanté Sieglinde, personnage qui affleure continuellement dans sa voix. Et l’inversion de perspective s’accentue au III, lors de sa confrontation avec Elza van den Heever, Sieglinde tourmentée, au timbre riche en potentialités, qui attend cet instant pour déployer enfin toute l’envergure d’une voix somptueuse de hochdramatische en devenir.

Quand il y a autant de superbes moments à écouter, sans oublier la direction de Simone Young, à la tête d’un Orchestre de la Scala qui déploie ses atours des grands soirs, avec de puissantes déferlantes, mais aussi de vrais moments de subtilité, on apprécie d’autant plus que David McVicar ne parasite pas notre perception par des contorsions scéniques gratuites. Tout ici fait sens, chaque geste contribuant à l’approfondissement des caractères, sans raideur. Les chevaux des Walkyries, incarnés par des athlètes bondissants sur des orthèses métalliques, idée reprise à la lettre de la précédente Walkyrie de McVicar,
à Strasbourg en 2008, n’ont pas été du goût de tout le monde à la Scala, mais les voir évoluer en groupe génère des moments d’une véritable puissance épique.

Quant à la beauté du dispositif, parois réfléchissantes et mégalithes, avec à la fin ce grand masque de Déesse Mère s’ouvrant sur la main où s’endort la Walkyrie, l’ensemble magnifié par une somptueuse gamme d’éclairages nocturnes où dominent les verts et les bleus, elle contribue à mettre le spectateur dans un état quelque peu second. D’authentiques moments de magie wagnérienne, somme toute !

LAURENT BARTHEL

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